Plan du texte:
- Préambule: le pourquoi et le comment
- Introduction : l'idéologie trifonctionnelle des indo-européens (tripartition et bipartition)
- BTVS et l'idéologie trifonctionnelle
- Buffy et Angel : les guerriers et le couple royal
- Giles et Willow : un couple fonctionnel!
- Oz : un substitut de Giles et de Xander pour Willow
- Evolution fonctionnelle des personnages : confusion
- Du couple fonctionnel au couple sentimental : un accroc à l'idéologie indo-européenne
- Conclusion : le Scoobygang est une représentation de l'univers et de la société idéale telle que pouvaient se l'imaginer les peuples indo-européens
- Les vampires et démons : déséquilibre fonctionnel
- Angelus/Angel : le pêché et la rédemption
- BTVS et ses saisons : structure du mythe/épopée indo-européens?
- Conclusion générale, axes de travail et postface
- Notes
- Bibliographie
- Remerciements
Préambule : le pourquoi et le comment
L'idée de faire une analyse de BTVS à l'aune
de la tripartition fonctionnelle indo-européenne (1)
me vint alors que je voulais écrire une contribution à l'excellente
analyse comparée entre BTVS et les contes de fées effectuée
par Lauréna.
A partir du moment où Lauréna nous a appris qu'elle travaillait
à cette analyse, je n'ai fait que tourner et retourner le problème
dans tous les sens sans pour autant y trouver la moindre prise. Mais fort
heureusement l'analyse comparative sur un mode psychanalytique de Lauréna
à partir du livre de Bettelheim arriva et me donna la solution:
restreindre mon sujet de " recherche " (2).
Ainsi j'essayerais de répondre à une question sous deux
optiques différentes : BTVS est-elle une série qui se rapproche
du conte ou du mythe, 1) à partir du rôle social de l'un
et de l'autre, 2) à partir de leur structure interne. Et ayant
répondu à cela j'essayerais de répondre à
l'inquiétante question : si BTVS a des points communs avec le conte
ou le mythe, alors cette série peut-elle avoir le même rôle
social que l'un, que l'autre ou les deux à la fois ?
Donc ma contribution sur ce sujet arrivera peut-être un jour sur
le newsgroup, mais ce n'est pas encore l'heure car ce n'est pas un sujet
que je maîtrise bien ; il me faut encore lire.
Mais mes recherches m'ont amené à relire un de mes maîtres
à penser : Karl... Euh ! Non cette fois-ci c'est Georges Dumézil
dont il s'agit (3). C'est cet éminent philologue
spécialiste de l'indo-européen qui eut une idée de
génie en 1938 (4): les peuples indo-européens
historiques et leurs prédécesseurs divisaient leur société
réelle ou mythique en trois fonctions : souveraineté magique
et juridique - force guerrière - production de richesse/fécondité.
J'y reviendrais plus longuement dans mon introduction. Ceci révolutionna
l'étude de l'indo-européen et dans le même temps débloqua
une situation vieille de 50 ans à l'époque créée
par les linguistes et les comparatistes mythologiques, eux-mêmes
(5).
Alors je me suis demandé si on retrouvait cette tripartition fonctionnelle
dans BTVS ? Je m'autorisais cette question à partir d'un a priori
discutable : Whedon étant un indo-européen, la façon
d'appréhender la réalité et de construire des histoires
des Indo-européens devraient se retrouver dans BTVS.
Pourquoi cet a priori est discutable ? Pour deux raisons fondamentales
: les révolutions bourgeoises et industrielles effectuées
au 18ème et 19ème siècle dans des " civilisations
" de la sphère géographique ouest indo-européenne
dont est issu Whedon (6), en réduisant significativement
le rôle social des prêtres et en raccourcissant les prétentions
des porteurs de la seconde fonction - les nobles - au point de les faire
quasiment disparaître, et d'une manière qui n'aurait pas
déplue à la reine de cur des histoires d'Alice de
Lewis Carroll - du moins en France, peut avoir remis en cause cette conception
indo-européenne de la réalité ou du moins l'avoir
altérer en partie ou totalement. Comme le veut l'adage marxiste
: l'existence déterminant la conscience, Whedon ne vivant plus
dans une société tripartite n'aurait pas obligatoirement
cette conception du monde. Et secondement la mondialisation de l'information
et de la culture peut avoir entraîné d'heureux apports aux
substrats indo-européens de Whedon, bien que pour l'instant et
depuis quelques siècles ce soient plutôt les descendants
des porteurs des civilisations ouest indo-européenne qui ont une
fâcheuse propension à imposer leurs façons de voir
et de faire au reste de la planète.
Mais si ces a priori sont discutables, comme tout a priori qui se respecte,
ils n'en sont pas obligatoirement faux, comme nous le verrons dans l'introduction
à propos de mon premier contrepoint.
Passons maintenant au sujet proprement dit.
Introduction : l'idéologie trifonctionnelle des indo-européens (tripartition et bipartition)
Qu'est-ce que les Indo-européens ? Un concept !
un concept linguistique et " paléo-éthnologique "
que certains scientifiques depuis plus deux siècles on voulu étendre
à l'anthropologie physique, à l'archéologie et à
la politique.
Je m'explique. Durant le XVIIIème siècle des savants ont
remarqué des similitudes en le grec, le latin et le sanscrit (l'une
des langues de l'Inde). Ces similitudes ont été étendues
à d'autres langues depuis plus de deux siècles. Ainsi est
né le concept d'indo-européen : une unité linguistique
rassemblant les langues italiques (dont le latin d'où sont issus
le français, l'italiens, l'espagnol, le portugais, le roumain,
le catalan, l'occitan, le corse), les langues grecques d'où est
issu le grec moderne, les langues germaniques (l'allemand, l'anglais,
le néerlandais, le frison, le norvégien, le danois, le suédois),
les langues celtiques ( le breton, le gaëlique d'Irlande et d'Ecosse,
le gallois), les langues indo-iraniennes ( dont le sanscrit, le bengali,
l'hindi, le cinghalais, le tzigane, le persan, l'ossète, le kurde),
les langues baltes (lituanien, letton), les langues slaves (serbo-croate,
slovène, bulgare, russe, ukrainien, tchèque, slovaque, polonais,
sorabe), anatoliennes (toutes disparues), albanaise, arménien,
tokharienne, macédonienne, thrace, etc.
Sur le modèle des langues latines (toutes les langues latines actuelles
descendent d'une seule et unique langue antique -le latin) les savants
de l'époque ont imaginé qu'il existait une langue indo-européenne
archaïque et unique (des dialectes pouvant être bien sûr
imaginés). Leur efforts tendirent vers la reconstruction hypothétique
de cette langue disparue. Pour cela se basant sur le similitudes et les
divergences ils construisirent des règles de dérivations
phonétiques. Ils réussirent donc avec quelques succès
à reconstruire cette langue dont il ne reste rien. Il s'agit bien
d'une reconstruction a posteriori vraisemblable et rien d'autre. Une question
se posa rapidement : cette langue était-elle parlée par
un peuple, Ce qui serait logique si l'on reprenait l'exemple du latin
qui a pour origine un petit peuple obscur de la péninsule italique
voué à la suprématie ? Et subséquemment existait-il
un type physique unique et lequel, une civilisation / culture commune
et laquelle et enfin une unité politique ?
Ainsi les archéologues et les anthropologues entrèrent dans
le concert des voix discordantes. Beaucoup de savants furent convaincus
d'emblée de l'existence de ce peuple et il en recherchèrent
l'emplacement géographique et la civilisation. Alors plusieurs
écoles s'affrontèrent durant deux siècles.
Dans un premier temps on plaça les locuteurs de l'indo-européen
indifférencié en Inde. Cette théorie ne tint pas
longtemps. Certains voulurent voir dans la Scandinavie peuplé de
grands blonds aux yeux bleus, purs et bien sûr supérieurs,
le lieu d'origine du peuple indo-européen. Cette théorie,
qui n'est plus soutenue que par les membres des organisations d'extrême-droite,
eut un succès important dans les régions germaniques car
elle soutenait l'unification des état germaniques et la formation
de la nation allemande au 19ème siècle... puis elle servit
d'assise " scientifique " au nazisme. Avec la chute du IIIème
Reich et plus tard sur la découverte que la Scandinavie fut longtemps
une région inhospitalière dès les années 50
du 20ème siècle, cette théorie fut heureusement abandonnée
par la quasi-entièreté du monde scientifique.
Dès le début du 20ème siècle certains scientifiques,
en particulier Schrader, voulurent voir le lieu d'origine des indo-européens
dans les steppes du nord des la Mer Noire, du Caucase et de la Mer Caspienne.
Il associèrent la langue indo-européenne et ses descendantes
à des bergers nomades des steppes qui auraient par la suite envahi
à partir du IIIème millénaire avant notre ère
l'Europe, une partie de l'Asie Centrale, l'Inde et une partie du Moyen-Orient.
Cette théorie est celle la plus en vogue encore aujourd'hui chez
ceux qui veulent trouver à tout pris un peuple, une culture et
un lieu d'origine. Elle est défendue par des scientifiques comme
Bernard Sergent, Mallory et les thèses de Dumézil servent
à l'étayer. Durant les années 60 du 20ème
siècle Bosch-Gimpera changea d'optique. Il décala le lieu
d'origine plus à l'ouest - en Europe centrale et de l'est - et
surtout il ne voulu plus voir un peuple mais plutôt un phénomène
plus complexe lié à la formation des différentes
cultures néolithiques de cette ère géographique qui
se développèrent entre le VIe et le IIIe millénaire.
Enfin en 1987 Colin Renfew propose de voir dans la vague d'immigration
qui " néolithisa " l'Europe dès le VIIe millénaire
à partir du Moyen-Orient la trace d'indo-européennisation
de l'Europe. Donc Il plaça le lieu d'origine des Indo-européens
indifférenciés au Moyent-Orient.
Ces trois dernières théories ont toutes des qualités
et des défauts. Toutes achoppent sur des difficultés qu'un
courant critique met en exergue pour montrer les limites de cette recherche.
Ce courant remet en question cette volonté de trouver un peuple,
une culture et un lieu. Il remet en cause les hypothèses, la méthodologie,
les modèles et les conclusions de cette recherche. Ce courant limite
volontairement par une action critique l'indo-européanité
à des convergences linguistiques et idéologiques tout en
limitant aux uns et aux autres leurs portée historique. A l'extrême,
il pourrait arriver même à nier l'existence de cette indo-européanité,
qui jusqu'à maintenant ne repose sur aucun fait matériel
concret (archéologique ou scriptural), n'en faisant qu'un mythe...
une pure construction de l'esprit n'ayant aucun rapport avec une quelconque
réalité passée. Qui à raison, qui à
tort ? Rien jusqu'à maintenant ne vient infirmer ou confirmer définitivement
une seule de ces diverses thèses. Et dans le vacarme du combat
scientifique qui se déroule depuis maintenant plus de deux siècle,
ma petite voix n'est pas en mesure d'apporter une réponse...
Dans le texte qui va suivre l'existence d'une indo-européanité
est posée comme une hypothèse de travail. Le niveau d'indo-européanité
peut très bien s'arrêter à l'existence de convergences
linguistiques, voire d'une langue archaïque unique, et d'une idéologie
commune
Qu'est-ce donc que cette tripartition fonctionnelle des indo-européens
trouvé par Georges Dumézil, Benveniste et Wikander principalement
? Ce serait la grille de lecture conceptuelle de la réalité
quelle soit cosmique ou sociale des peuples indo-européens historiques
(7) héritée de l'époque préhistorique
d'unité culturelle présumée - après la cristallisation
de la culture indo-européenne et avant les dispersions. Ce serait
la représentation idéalisée de l'ordre cosmique et
social. Ce serait la façon que tous les porteurs de la culture
indo-européenne avaient d'analyser la réalité, de
créer des histoires et de concevoir leur histoire et l'histoire
mythologique (8). En un mot ce serait une idéologie
au sens premier et non galvaudé du terme. L'idéologie fonctionnelle
serait aux Indo-européens ce que la philosophie du ying et du yang
est au Chinois.
En quoi consistait cette tripartition ? Quelles étaient ces trois
fonctions ? La première d'entre elles était la souveraineté
magique et juridique. La seconde était la fonction guerrière.
Enfin la troisième était la fonction de production et de
fécondité et tout ce qui s'y rapporte à l'un ou à
l'autre.
A la première fonction étaient associés l'ordre cosmique,
la vertu, les serments, les contrats, la souveraineté, la protection
spirituelle de la communauté, la morale, et d'un point de vue "
géographique " le ciel supérieur et bien d'autre chose
encore. D'un point de vue humain, elle était représentée
par les prêtres : brahmanes indiens, flamines romains, druides celtes.
A la deuxième fonction étaient associés la force,
les arts martiaux, le courage, le vent et le tonnerre - c'est-à-dire
le ciel intermédiaire d'un point de vue géographique. Sur
terre elle était représentée par les guerriers et
les seigneurs : ksatriya indiens par exemple.
A la troisième fonction : l'agriculture, l'élevage, la richesse
et la production de biens, la santé, la beauté, la fécondité,
l'amour, etc. A un niveau humain elle était représentée
par le peuple - ceux qui travaillent et qui produisent : les paysans et
bergers, les artisans et commerçants, etc. et d'un point de vue
géographique leur domaine était la terre en surface et dans
ces profondeurs ainsi que l'océan.
Lors de maints rites d'un bout à l'autre de la sphère d'occupation
historique des peuples indo-européens - de l'Inde à l'Irlande
- les principaux dieux des trois fonctions, on peut même dire les
représentants, étaient invoqués ou remerciés
par des offrandes ou des actes en leur honneur dans un ordre bien précis
celui des trois fonctions :
-Première fonction :
Inde : Mitra et Varuna (dieux souverains organisateurs
de l'ordre cosmique par les serments (magie) et les contrats (juridique)
Rome : Jupiter et Dius Fidius
Scandinavie :Ódinn (Odin-Wotan) et Túr
-Deuxième fonction:
Inde : Indra et Vayu (Indra correspondant plus à
la maîtrise des arts guerriers policés et Vayu, par ailleurs
aussi dieu du vent, à la force brutale)
Rome : Mars
Scandinavie : Þórr ou Thor (dieu de la force et du tonnerre)
-Troisième fonction :
Inde : les Asvin (dieux jumeaux de la santé et
de l'abondance entre autres)
Rome : Quirinus (dieu des grains et des masses populaires)
Scandinavie : Njördr et Freyr (dieu des récoltes)
Plus que des correspondances onomastiques ce sont des correspondances
fonctionnelles dont il s'agit ici. Bien sûr des correspondances
onomastiques existent mais elles sont secondaires et pas toujours pertinentes
pour la compréhension des textes et pour leurs analyses : ainsi
le Varuna indien correspond à l'Ouranos grec d'un point de vue
de l'origine étymologique (9). Le Dhyauh (pitar)
indien correspond au Zeus grec ou au Jupiter latin aussi d'un point de
vue étymologie. Mais même si dans une très lointaine
préhistoire ces dieux ont la même origine deux à deux
et donc la même fonction (ce qui n'est pas assuré), l'évolution
des cultures séparément leur a donné des destins
différents chez les uns et chez les autres. Ainsi Varuna est resté
une divinité de premier ordre représentant la première
fonction durant l'époque védique (après il perdit
de sa superbe au profit d'autres dieux) alors qu'Ouranos n'a conservé
qu'un rôle secondaire au profit de Zeus. Dans un sens inverse Dhyauh
(pitar)- le ciel des indiens védiques - s'est effacé, si
tant est qu'il ait eu un jour un rôle important, alors que chez
les Grecs Zeus devenait le chef de file de toutes les divinités
et le premier représentant de la première fonction. Etranges
sont les destins des dieux lorsque ce sont les Hommes qui les écrivent
!
Le fait que les Indo-européens aient possédé une
grille d'analyse tripartite sur le plan social n'implique pas obligatoirement
que leur société ait été tripartite : les
Ossètes du nord-Caucase - voisins des Tchétchène,
Tcherkesse, et Abhkaze - possèdent comme leurs ancêtres les
Scythes une vision tripartite de la réalité sociale et cosmique
que l'on retrouve dans les contes sur les familles Nartes de leur folklore
mais ne possèdent pas une société composée
de trois castes ou classes sociales. Il faut bien se rendre compte que
cette idéologie trifonctionnelle aurait été une représentation
idéalisée de la réalité et une projection
dans la sphère du divin et du mythologique. En revanche certains
peuples/cultures possédaient une tripartition sociale. C'est encore
le cas de la société indienne, qui de toutes les cultures
indo-européennes encore existantes a été la plus
conservatrice avec ces castes appelées varna (10):
brahmane - kîatriya - vaisya auxquels il faut ajouter les sûdra
(11). On retrouve cette tripartition plus proche de
nous dans la société occidentale féodale divisée
en clergé - noblesse - tiers-état.
Mais toute idéologie n'est pas forcément pertinente et ne
permet pas forcément d'expliquer les moteurs de la société
et de l'histoire.
C'est en cela que je disais dans mon préambule que ce n'est pas
forcément parce que Whedon vit dans une société fondamentalement
bipolaire (ceux qui possèdent les moyens de production agricole,
industriel et de service / ceux qui ne possèdent que leur force
de travail manuelle mais aussi intellectuelle. Et même si cette
bipolarité se double d'une "multipolarité" sociale,
c'est la bipolarité qui détermine le cours de l'histoire
et l'évolution de la société dans son ensemble) qu'il
ne possède pas une grille d'analyse tripartite. Et ceci ne remet
nullement en cause le fait que l'existence détermine la conscience
; Les facteurs qui déterminent la conscience d'un individu et un
fortiori d'un peuple entier sont multiples et complexes, bien que certains
comme les rapports de productions au premier chef et l'idéologie
de la classe dominante qui en résulte et la lutte entre les classes
dominées et les classes dominantes les soient les plus importants.
Au demeurant cette conception tripartite du monde se serait doublée
d'une conception bipartite, qui prenait ses racines dans la bipolarité
sociale réelle qui n'est pas l'apanage des prétendus indo-européens
mais un fait social universel mis en exergue par Marx et Engels(12),
que l'on retrouve ici ou là : ainsi il est courant que les dieux
des deux premières fonctions -prêtre et seigneurs guerriers
- s'allient et combattent les dieux de la troisième fonction au
sein des mythes :
C'est ce que l'on voit dans la guerre des Ases -dieux des deux premières
fonctions - contre les Vanes -dieux de la troisième fonction -
des germains scandinaves.
C'est ce que l'on retrouve dans les récits historico-mythologiques
de la fondation de Rome avec la guerre des Romains et Etrusques représentant
les deux premières fonctions contre les Sabins, représentants
de la troisième fonction qui apporteront finalement les femmes
aux Romains, donc la reproduction, la fécondité et par conséquent
la richesse et la pérennité.
C'est ce que l'on retrouve chez les Celtes gaéliques avec la bataille
de Mag Tured opposant les Tuatha de Danann(13) contre
les Fomorés, précédants occupants de l'île
d'Irlande. Thuata des Danann représentant la première et
la deuxième fonction mais ne connaissant pas l'agriculture (14).
L'agriculture est l'apanage des Fomorés - êtres " démoniaques
" représentants de la troisième fonction.
Chez les Indiens on retrouve d'une autre manière cette distinction
dans le Mahabharata : ce texte qui raconte l'histoire d'une famille, incarnation
des dieux (15), et en particulier de cinq demi-frères
: ces demi-frères sont les incarnations des dieux principaux des
trois fonctions à l'époque où fut rédigé
le texte : Yudhiîðhira incarnation de Dharma - la vertu morale
et l'ordre/ 1ère fonction (dieu qui remplaça Mitra et Varuna
chez les Indiens post-védique). BhÌma incarnation de Vayu
- la force/ 2ème fonction. Arjuna incarnation d'Indra - le roi
guerrier/ 2ème fonction. Ces trois premiers demi-frères
sont nés d'une même mère : KuntÌ. Les deux
suivants d'une autre mère MadrÌ : Nakula et Sahadeva incarnation
des Asvin - beauté-santé-prospérité/ 3ème
fonction (16). L'on voit ici aussi dans l'histoire
de la paternité/maternité de ces cinq héros incarnations
des dieux représentants des trois fonctions une séparation
entre les deux premières et la troisième.
Chez les Scandinaves et les romains la guerre se termine par un traité
de paix des uns avec les autres et un synécisme qui conduit à
la fondation d'une nouvelle société. On voit où auraient
pu vouloir en venir les "idéologues" indo-européens
: l'ordre cosmique ou social, c'est à dire l'harmonie, l'équilibre
obligatoire au bon fonctionnement de toute chose, nécessite la
coopération des représentants des trois fonctions : prêtres,
seigneurs guerriers, et producteurs sur terre comme chez les dieux.
L'on voit premièrement que les esclaves sont absents comme acteurs
de cette coopération, car les esclaves ne sont pas des hommes pour
leurs maîtres mais des objets : un patricien romain pouvait-il concevoir
la coopération du marteau, de la faucille, de l'amphore à
l'ordre sociale et cosmique ? Non ! Il en était certainement de
même pour les esclaves.
Mais cette bipartition et la guerre des deux premières fonctions
contre la troisième montre que les Indo-européens n'ont
peut-être pas été myopes au point de ne pas voir que
les seigneurs et les prêtres s'opposaient souvent au peuples et
les exploitaient.
Cette oppression fut peut-être idéalisée et dépassée
par l'idéologie dominante(17). Ainsi la
tripartition fonctionnelle peut être décrite comme la grille
d'analyse idéalisée des classes dominantes pour expliquer
le monde et la société mais aussi pour la justifier telle
qu'elle fut et telle qu'elle doit se maintenir. En termes marxistes on
dirait que l'idéologie tripartite indo-européenne sert à
la classe dominante à gommer les antagonismes de classes qui se
révèlent dans la lutte de classes afin de maintenir leur
oppression en maintenant les opprimés dans l'ignorance de leurs
propres intérêts. Que cela soit effectué sciemment
ou non est très secondaire !
Chez les Celtes gaéliques la fin de la bataille de Mag Tured se
termine par l'extermination d'une partie des Fomorés et la mise
en esclavage des autres qui sont tenus de révéler à
leurs nouveaux maîtres le secret de l'agriculture. Ainsi les dieux
des deux premières fonctions s'emparent du même coup des
prérogatives de la troisième fonction : le travail et le
fruit du travail. Peut-on être plus explicite ?!
Il aurait existé un autre bipartisme, qui d'une certaine manière
découle de la précédente : la fonction sacerdotale,
la première fonction, aurait été nettement séparée
des deux autres qui socialement chez certains peuples indo-européens
(18) étaient représentées
par les mêmes personnes : les hommes libres. Ils étaient
à la fois porteurs de la seconde et de la troisième fonction.
Ainsi le paysan était aussi le guerrier. Ainsi l'homme était
dénommé par deux noms communs : l'indo-européen *ner-
qui désigne le guerrier (l'homme en arme) en opposition à
*wiro- qui désigne l'homme en générale et qui a donné
le terme de la troisième fonction chez les romains : le dieu Quirinus
et la fonction sociale des producteurs Quirites (*co-virites) mais qui
à donner " vir " en latin, c'est-à-dire "
homme " et donc viril en français. Mais dans la réalité
chez les romains Milites (les guerriers) et Quirites étaient les
mêmes personnes, peut-être à différents moments
de leur vie. Les véritables producteurs, ceux sans lesquels les
civilisations antiques n'auraient pas fonctionné, les esclaves,
étant écartés des schémas mentaux indo-européens,
l'homme libre qui était d'ailleurs aussi d'une certaine manière
un producteur, possesseur d'esclaves - donc riche - ou non - et alors
pauvre - devait porter les deux fonctions dans ces mêmes schémas
mentaux. Ce qui était faux par une trop grande approximation de
la réalité sociale : l'oubli de la fraction de la population
sur qui reposaient le fonctionnement de l'économie.
Cependant il existait chez tous les peuple indo-européens une aristocratie
guerrière séparée du commun des hommes libres. Cette
aristocratie guerrière incarnait vraisemblablement la seconde fonction
d'une façon plus idéale.
Dans cette vision indo-européenne qu'aurait pu représenter
le Mal ? Il est dit que la coopération des trois fonctions est
nécessaire afin de conserver l'équilibre cosmique, l'harmonie
universel, l'ordre. Donc le mal/Mal est tout ce qui remet en cause cet
équilibre. C'est donc le Chaos et ce qui s'y rapporte comme le
mensonge, la déloyauté, la discorde, la haine, les pulsions
en tout genre, le marxisme (joke !), etc. Le mal c'est aussi refuser l'Ordre
(cosmique et social qui en est une partie). Donc le contraire maintenir
l'harmonie et respecter l'Ordre c'est faire le bien. Un Homme, comme toute
chose existante, doit respecter ce pour quoi il est sur terre. On retrouve
cela dans beaucoup de courants philosophiques d'origine grecque. Un guerrier
doit exceller dans son art. Il deviendra un héros s'il exalte les
principes du guerrier : courage et force. Un représentant de la
troisième fonction doit être un membre exemplaire de sa classe
et ne pas chercher à être un guerrier ou un prêtre.
C'est une doctrine de l'immobilisme social. L'ambition de l'indo-européen
est d'accepter son destin, son karma. Donc la question du Destin, de la
fatalité, est un thème récurrent chez les indo-européens.
Comment pourrait-il en être autrement puisque les dieux écrivent
par avances l'histoire du monde et l'ordre. Mais la Fatalité n'empêche
pas la liberté dans un cadre imposé. Rappelons-nous Achille
dans l'Iliade : il a le choix entre deux destins - une vie courte mais
glorieuse en tant que guerrier et une vie longue, paisible mais anonyme.
Sachant qu'Achille est l'idéal guerrier, pouvait-il refuser son
statut, refuser d'exalter ce pourquoi il existait. Ce faisant n'aurait-il
pas mal agit en refusant ce qu'il était. Chose impensable dans
un récit épique !
Tout comme dans le judéo-christianisme, la religion indo-européenne
véhicule les concepts de péché et de Rédemption.
Cela n'est pas étonnant que ces thèmes se retrouve dans
le christianisme né au sein d'une culture qui connaissait déjà
ces concepts - le judaïsme - et qui en plus était influencée
depuis plusieurs siècles d'occupation et d'hégémonie
culturelle par les Grecs, les Romains et les Perses de la réforme
zoroastrienne, et qui s'est développée dans ces dernières
cultures. Ainsi on a pu retrouver dans la Sainte Trinité chrétienne
(19) l'idéologie trifonctionnelle indo-européenne.
Le dieu chrétien est le rassemblement des trois fonctions dans
une même entité. Cette transformation du polythéisme
indo-européen en monothéisme résultant bien sûr
du monothéisme judaïque.
Donc voici en quelques mots ce que Georges Dumézil ainsi que d'autres
philologues et comparatistes ont tenté de décrire durant
une vie de recherches, outre les appels aux notions de lutte de classes
qui sont comme chacun le sait marxiste et totalement étrangère
à Dumézil qui durant sa jeunesse fut attiré par les
royalistes d'extrême-droite et antisémites de l'Action Française
et, cette erreur de jeunesse passée, qui se cantonna à un
apolitisme de droite résolu. C'est loin de représenter tout
ce qui pourrait être dit sur le sujet. La simplification nécessaire
pour ne pas vous enfouir sous un monceau de détails ou de connaissances
est la cause du caractère approximatif et caricatural de cet exposé.
J'espère néanmoins que cela suffira à ceux pour qui
ce sujet était il y a encore dix minutes totalement étranger
à pouvoir trouver un intérêt quelconque à ce
qui suit au-delà du simple fait que je vais parler de BTVS et nommer
nos héros préférés : Buffy, Xander, Willow,
Giles, Cordélia et Angel/Angelus, Oz, mais aussi Kendra, Faith,
Spike et Drusilla, ainsi que Wilkins.
J'espère aussi que ce qui précède n'est pas trop
rébarbatif ou trop abscons. Si certains veulent des précisions,
je me ferai une joie de les apporter publiquement ou en privé selon
le rapport direct ou éloigné à BTVS dans la mesure
de mes connaissances.
BTVS et l'idéologie trifonctionnelle
A tout seigneur tout honneur, dit-on, alors commençons par Buffy Summers et son cavalier de toujours : Angel.
Buffy et Angel : les guerriers et le couple royal.
Il est clair que Buffy est une guerrière. Elle
pourrait donc être la représentante de la deuxième
fonction. Son rôle est d'éliminer de la surface de la terre
les forces démoniaques qui menacent les humains. Elle a pour fonction
évidente la protection de l'humanité, tout comme les guerriers
avaient théoriquement pour tache de protéger leur communauté.
Mais certains éléments me font penser qu'elle est plus que
cela. Dans " Bienvenue à Sunnydale I / Welcome to the Hellmouth"
Giles affirme à Buffy, alors que celle-ci semble vouloir refuser
clairement sa mission : " Parce que vous êtes la Tueuse. Chaque
génération voit naître une Tueuse. Dans l'univers
une fille est élue. Une fille avec la force et la sagesse pour
chasser les vampires... " Buffy le coupe et continue : " avec
la force et la sagesse pour chasser les vampires et pour empêcher
que le Mal ne s'étende. Bla, bla, bla. J'ai déjà
entendu ça ". Donc il semblerait que Giles, ne faisant pas
preuve d'imagination, récite une sentence traditionnelle, une prophétie
du Codex peut-être (ou du Manifeste, ou des trois volumes d'Extone),
pour convaincre Buffy d'accepter sa mission. Et que dit cette phrase.
La Tueuse possède " la force et la sagesse ". Si la force
est l'apanage de la seconde fonction, la sagesse lui est étrangère
dans la conception indo-européenne du monde. La sagesse est plus
caractéristique de la première fonction, de la fonction
sacerdotale.
Dans l'idéologie indo-européenne, il existait un personnage
qui incarnait les trois fonctions car il était la personnification
de l'unité de la communauté, son point centrale : le roi.
La plupart des peuples indo-européens ont utilisé un dérivé
du mot p.i.-e (20).: *reg- pour nommer le roi (21).
Ce mot est aussi le radical qui donna en latin rectus : " droit ",
allemand : " recht ". Donc le roi est l'homme droit, c'est-à-dire
celui qui dit le droit, qui établi la rectitude. Il n'est pas celui
qui commande mais celui " régularise ", qui organise
la société, tout comme les dieux de la première fonction
organisent l'univers. Il est aussi celui qui dit le droit, qui rend la
justice. Le roi est donc un représentant de la première
fonction. D'ailleurs en France, sous l'Ancien Régime, le roi était
appelé " l'évêque du dehors ". Il participe
à certains rites religieux et sacrificiels. Le roi est un prêtre
en quelque sorte mais incomplet.
Mais il est aussi une incarnation de la fonction guerrière, comme
l'indique le fait que le roi fût élu -tiens élu, comme
Buffy- parmi les guerriers, certainement au sein de l'aristocratie guerrière.
Il est donc comme le dieu roi des indiens: Indra, qui est un dieu de la
guerre. D'ailleurs certains peuples indo-européens ont choisi de
nommer le roi avec dérivé du p.i.-e. *welH- qui signifie
" être fort ". Un terme qui en toute occurrence caractérise
le guerrier.
Enfin le roi promeut la fécondité et la richesse de la communauté.
Il doit faire pleuvoir, permettre de bonnes récoltes, et la fécondité
humaine et animale. Un roi sous lequel cela ne se produirait pas est un
mauvais roi rejeté par les dieux. Une personne à la santé
déficiente, un infirme, un malade, un fou ne peut devenir roi.
La santé étant un domaine réservé à
la troisième fonction. Le roi est un nourricier. Il organise des
festins (22). Il doit pouvoir pourvoir à
la demande alimentaire de ses sujets. Un symbole récurrent chez
les peuples indo-européens est le chaudron inépuisable,
d'où il sort suffisamment de nourriture pour son peuple, et qui
permet même chez les Celtes de ressusciter les guerriers tombés
au combat(23). Le roi doit être riche
(24). Le roi est donc aussi un représentant
de la troisième fonction.
Les rites d'intronisation du roi le montrent d'ailleurs. Ainsi le roi
du Leinster recevait une chemise blanche - le blanc étant la couleur
de la première fonction (les druides étaient vêtus
de blanc) - une lance symbolisant la seconde fonction, et une chaussure
pleine d'argent, symbole de richesse donc de la troisième fonction.
Les Indiens disent du rajan " qu'il assure leur bonne conduite (1ère
fonction), les protège (2ème fonction), et les nourrit (3ème
fonction)". Il reçoit dans la plupart des peuples indo-européens
un sceptre, sorte de bâton de pouvoir, symbolisant la première
fonction. Il s'assoit sur un trône en pierre, le reliant aux forces
chthoniennes de la troisième fonction. Son mariage est sacré
(hièrogamie), car symbolisant son union à la Terre-Mère,
déesse de la fécondité, par sa représentante
terrestre, la reine.
Revenons à la Tueuse, à notre chère Buffy. Elle est
une guerrière et doit posséder la sagesse. Mais possède-t-elle
des caractéristiques de la troisième fonction ? Richesse
? Même si elle n'est pas pauvre, ses parents semblent plutôt
faire partie de la middle-class américaine. La fécondité
? N'ayant pas enfanté pour le moment, on ne sait pas si elle est
prolifique (25). La beauté ? Personne
n'oserait remettre en cause sa beauté, du moins au sein de ce forum.
Mais c'est un peu maigre comme rapport à la troisième fonction,
d'autant plus que d'autres personnages féminins de la série,
voire quasiment toutes, sont jolies. La beauté n'est donc pas un
critère discriminant. La santé? Voilà un point plus
intéressant. Que sait-on de la santé de Buffy : une santé
de fer, une régénérescence hors du commun et une
perte de ses capacités de tueuse lorsqu'elle est malade ("
Réminiscence/Killed By Death ") ou sous l'effet de drogue
(" Sans Défense/Helpless "). Donc d'un côté
on voit que Buffy possède une des caractéristiques liées
à la troisième fonction - une santé de fer, et lorsque
se produit pour une raison quelconque une déficience de cette caractéristique
alors c'est toutes les capacités de Buffy qui sont altérées
- un peu comme Benoît Brisefer lorsqu'il a le rhume. La perte de
l'équilibre interne des trois fonctions au sein de Buffy entraîne
une diminution de l'efficacité de l'ensemble. Buffy possède
donc au moins une caractéristique de la troisième fonction
: la santé, et pas n'importe quelle santé.
Un autre point est important. Un des thèmes des deux premières
saisons est : l'avenir professionnel de Buffy. Alors que tous ses amis,
ou presque, ont une vision plus ou moins claire de leur avenir professionnel,
pour Buffy c'est le flou le plus complet à cause de son destin
de Tueuse qui ne lui permet pas de vivre comme tout à chacun. C'est
une autre caractéristique des rois indo-européens : ils
avaient interdiction de travailler. Non pas parce que c'est mal en soi
de travailler, mais parce que leurs taches royales ne le permettaient
pas. Travailler aurait voulu dire (26)une altération
de l'équilibre au profit de la troisième fonction, certainement
la plus accaparante. Donc le roi n'était plus la centralité
de la communauté. L'équilibre était rompu et c'est
toute la communauté qui en aurait pâti. C'est la même
tension que vit Buffy : Tueuse ou avenir professionnel ? Et si elle choisit
l'avenir professionnel alors c'est toute la communauté qui risque
d'en pâtir car elle n'aura plus personne pour la protéger.
Buffy apparaît bien comme l'équilibre des trois fonctions,
comme un roi indo-européen(27). Buffy
est un roi féminin.
Mais, il existe un point qui semblerait contredire ce fait : les rois
de la plupart des peuples indo-européens, bien qu'ils soient originairement
un guerrier, n'avaient plus le droit de combattre(28).
Ce qui va à l'encontre de la mission de Buffy : combattre de façon
guerrière les vampires et autres démons.
Cependant, il existe un parallèle troublant avec la mythologie
scandinave. Chez les Germains les deux dieux souverains (c'est-à-dire
les représentants de la première fonction) sont aussi des
guerriers : Odin et Tyr. Le caractère guerrier de la première
fonction chez les Germains est aussi attesté par les rites de justice
passant par le combat/duel entre les deux partis adverses d'un différent
: le jugement des armes. La justice est pourtant une attribution de la
première fonction. Ici on voit clairement une intrusion de la seconde
fonction dans le domaine de la première. N'est-ce pas ce que nous
rencontrons avec la Tueuse : la justice par les armes. Et rappelons-nous
qu'Indra est le roi des dieux indiens(29). Il
n'en garde pas moins sa fonction de dieu de la guerre. Il y a donc des
exemples soit d'interpénétration des deux premières
fonctions, ou de conservation du caractère guerrier des rois dans
les mythologies de certains peuples indo-européens. Et pas les
moindre, en ce sens qu'ils sont certainement parmi les plus culturellement
conservateurs de tous les peuples indo-européens, avec les Celtes,
les Italiques et les Indiens.
Buffy est un roi dont le caractère sacerdotal est réduit
ou plutôt théorique. Et cela surtout lors de la première
saison, où son caractère de fille peu intelligente est plus
prégnant que par la suite. Son évolution durant la première
saison, mais surtout lors de la deuxième et la troisième
saison l'amène à avoir une sorte de sagesse intuitive. Elle
ressent énormément les choses. Elle comprend souvent les
intrigues avant les autres. A partir des éléments de connaissances
que lui apportent Giles et Willow, c'est souvent elle qui débloque
les situations. Les attributions propres à la première fonction
sont conservées par d'autres personnages : Giles en particulier.
Est-ce parce que la Tueuse est " une roi " imparfait en ce qui
concerne la première fonction qu'il lui faut lui adjoindre un personnage
dont la principale tache est de représenter la première
fonction dans ce qu'il y a de plus archétypique : l'observateur
? Mais nous y reviendrons plus tard.
Le personnage qui est associé à Buffy, outre Giles, est
Angel. Un Vampire qui a retrouvé son âme grâce à
un sort gitan. Lorsque l'on compare Buffy et Angel on s'aperçoit
qu'ils sont identiques en ce qui concerne l'idéologie trifonctionnelle.
Angel est un guerrier. Il est avec Buffy celui qui intervient le plus
dans les combats. Il possède comme Buffy une force surhumaine.
Comme Buffy il possède une certaine forme de sagesse - que beaucoup
d'habitués du forum confondent avec de la niaiserie : mais puisque
sous la forme d'Angelus, il incarne le Mal sans limite, c'est-à-dire
la soumission de l'être à tous ses désirs, ou dit
d'une manière plus propre à l'idéologie fonctionnelle,
où la première fonction est totalement atrophiée
au profit de la seconde - violence - et de la troisième - désir,
cupidité - il est normal que sous la forme Angel, la régulation,
l'ordre moral le rtá des Indiens ou ordre cosmique (30),
ou en terme psychanalytique l'inhibition, le Surmoi, soit sur-représenté.
C'est la contrepartie du retour de l'âme et de l'équilibre
fonctionnel. Cette sagesse est couplée d'ailleurs à une
connaissance bicentenaire. Connaissance étrangère pour le
coup à Buffy. Enfin, Angel a le même rapport à la
santé que Buffy : santé de fer et régénération
et même l'immortalité. Comme on le voit Angel est le double
masculin de Buffy. Il est le roi indo-européen au même titre
que Buffy. Il est donc normal qu'ils tombent amoureux l'un de l'autre.
Il est temps de parler des deux autres Tueuses : Kendra et Faith. Ces
personnages ne pouvaient incarner la royauté indo-européenne,
et donc ne pouvaient pas être les Tueuses légitimes. Car
ni l'une ni l'autre ne possèdent cet équilibre des trois
fonctions.
Kendra est une machine à tuer. Son éducation paramilitaire
dans la plus stricte tradition du Conseil, bien évidemment, l'a
rendue ainsi. Et, bien qu'elle connaisse le manuel de la Tueuse par cur
et certainement beaucoup de choses sur les vampires, les démons
et autres monstres, elle est très loin d'être intelligente.
Je veux dire en cela, qu'elle à un niveau d'adaptabilité
assez faible. Elle ne fait que suivre un protocole imposé par d'autres
(le Conseil) à partir de connaissances théoriques dont elle
ne sait pas réellement se servir. Elle ne se pose pas de question.
Elle applique... mais toute situation sortant du cadre de ces connaissances
théoriques peut la déstabiliser ou l'empêcher d'avoir
une réponse adaptée et efficace. Elle n'est pas sage et
ne fait qu'incarner la fonction guerrière.
Le cas de Faith est assez similaire, car par un manque de sagesse - aspect
de la première fonction qui n'a pas pu se développer pour
des raisons diverses - elle est soumise à la peur et à la
haine, deux aspects qui seraient aussi lié à la fonction
guerrière, du moins à ses fautes. Ces deux émotions
la submergent - les mauvais côtés de la fonction guerrière
non-bridés par la sagesse de la fonction sacerdotale - et elle
s'allie aux forces obscures.
Elles devaient donc mourir ou quitter le Scoobygang. Et contrairement
aux préceptes traditionnels du Conseil, une Tueuse entourée
est plus forte car elle devient le réceptacle des trois fonctions,
cessant d'être uniquement une représentante " pure "
de la fonction guerrière et devenant un " roi ". La solitude
des deux autres Tueuses connues leur aura été fatale. Est-ce
que cela veut dire que Buffy est une Tueue atypique contrairement aux
deux autres connues durant les trois premières saisons. Kendra
et Faith ne font qu'incarner la fonction guerrière et il semblerait
que cela soit le cas pour les Tueuses précédentes (solitaires,
guerrière, et qui meurent jeunes.
Spoiler S4 :en outre ce que l'on apprend de la première Tueuse
dans le dernier épisode (Restless)de cette quatrième saison
tend à confirmer cet avis. En Effet la Première Tueuse qui
fait penser à une femme aborigène ou à une femme
d'une culture paléolithique et qui se dit destructrice et solitaire
revient sous forme d'un esprit afin de tuer Buffy et les membre du scooby
gang car Buffy déroge aux lois).
Kendra et Faith représenteraient donc l'image de la Tueuse éternelle,
l'image de la Tueuse du Conseil. Buffy serait une Tueuse qui aurait dépassé
ce stade... Nous assistons à une ascension d'une Tueuse. Mais tout
ceci contredit la sentence que je cite plus haut à propos des Tueuses.
Est-ce que cette phrase est dévolue uniquement en définitive
qu'à Buffy ? Préalablement vue comme une sentence, elle
deviendrait clairement une nouvelle prophétie concernant Buffy.
Giles et Willow : un couple fonctionnel !
Comme il a été dit plus haut la première
fonction indo-européenne est celle de la souveraineté sacerdotale
: ordre cosmique et ordre social, justice, régulation, moral, sagesse
et connaissance et magie sont ses principaux attributs.
Comme toutes les autres fonctions, elle est représentée
par au moins un couple divin : Varuna et Mitra chez les Indiens védiques,
Ódinn et Túr chez les Germains, Jup(p)iter et Dius Fides
chez les romains.
Le premier terme/dieu incarne l'ordre cosmique, implacable et presque
guerrier. C'est un magicien qui fait respecter les serments. Dieu inquiétant,
lointain et sauvage. Le second terme/dieu incarne l'ordre social, bienveillant
et paisible. C'est un juriste qui fait respecter les contrats. Voilà
un peu comment sont définit Varuna et Mitra chez les Indiens védiques.
Pour les autres peuples nous retrouvons à peu près la même
chose de façon plus ou moins significative. Par exemple Ódinn
est un guerrier - il préside aux combats sur les champs de bataille,
c'est-à-dire un représentant divin de la deuxième
fonction. Jupiter est le dieu référent de Romulus, dans
le récit de la fondation de Rome. Or Rumulus, premier roi de Rome,
demi-dieu, fils de Mars - dieu de la guerre - élevé avec
son frère par une louve, et qui est avant tout l'incarnation de
la première fonction et en particulier du premier terme de cette
fonction, a un règne agité et violent (31).
Au contraire Numa, son successeur, est paisible et juste. Il fonde les
lois romaines et les sacerdoces. Son référent divin est
Dius Fidius le comparse de Jupiter. En fait le premier terme met en place
l'ordre, c'est un acte de violence et crcitif, alors que le second terme
l'administre l'ordre établi par une action paisible, concerté
et juridique.
On voit ici comment la première fonction semble se partager entre
les deux autres fonctions - guerrière et violente ou productive
et paisible - comme si elle les englobait (32).
Giles et Willow ne sont pas des combattants. Leurs apports au Scoobygang
se font dans la sphère des connaissances. Connaissances démonologiques
et rituels chez Giles, connaissance plus moderne et technique dans un
premier temps chez Willow, dont les attributions s'élargiront à
la sorcellerie wicca. Ils sont clairement les représentants de
la première fonction.
Willow n'intervient quasiment pas dans les combats, alors que Giles y
participe quelques fois, rappelant ainsi son passé de " mauvais-garçon
". Willow à un rôle clairement conciliateur dans le
Scoobygang, alors que Giles à un rôle de régulateur.
L'une arrondie les angles et entretient la cohésion du groupe,
l'autre donne des ordres, dit ce qui doit être fait ou pas fait.
Donc Giles s'apparente plutôt au premier terme de la fonction souveraine,
alors que Willow s'apparenterait plutôt au second terme. Giles "
est " le Varuna de BTVS, apparentement renforcé par le côté
inquiétant de son passé. Willow en est le Mitra. Son côté
timide et réservé et clairement sympathique renforce cet
apparentement.
Chez certains peuples indo-européens il existait une dichotomie
sexuée de la classe sacerdotale. Les prêtres masculins et
les prêtres féminins n'avaient pas les même fonctions.
Les prêtres étaient des gardiens de la loi, des savants et
ceux qui organisaient les rites sacrés. Ils étaient les
incarnations de l'aspect régulateur de la première fonction.
Les prêtresses sont liées aux prophéties (33)
et à la magie. On retrouve là aussi une distinction qui
correspond parfaitement à nos deux héros.
Cette correspondance est d'autant plus flagrante si l'on se rappelle que
les termes désignants les prêtres chez les Germains et les
Celtes signifiaient " savant, sage " : le " druide "
celte vient de *dru-wid qui signifiait " fidèlement savant
", le " wizzago " en ancien haut allemand possède
la même racine anglo-saxonne pour la sagesse et le savoir : wÌs
que l'on retrouve dans l'anglais actuel " wise " (sage, prudent),
" wisdom " (sagesse), wizard (magicien), ou encore en vieux
norrois vÍss, en gothique -weis, en germanique wÌsaz, -wÌttos.
Termes qui correspondent assez bien dans leur domaine respectif à
Giles et Willow.
En outre il est normal que Giles forme un autre couple avec Buffy : le
roi et son chapelain, son directeur de conscience. Giles est d'une certaine
manière le supplément de première fonction qui manque
clairement à Buffy au début de la série, malgré
sa sagesse potentielle et prophétisée. Il est le précepteur
par conséquent, tant d'un point de vue connaissance qui lui enseigne,
qu'en terme de canalisation morale, de régulation comportementale.
Il est là pour faire émerger la sagesse de la Tueuse, qui
lui permettra, en canalisant les excès guerriers, de vaincre tout
en restant en vie : la guerrière parfaite et policée qui
allie fonction guerrière et fonction sacerdotale, l'idéal
indo-européen, tel un Indra : seigneur de la guerre, et roi des
dieux. Giles a un rôle important dans l'ascension de Buffy à
un stade qui dépasse celui de la Tueuse commune, telle que Faith
ou Kendra. C'est parce qu'il est un observateur atypique, qui finalement
remet en cause les méthodes du Conseil en ce qui concerne la pédagogie,
que Buffy peut trouver la sagesse.
Giles et Willow forment un couple fonctionnel de la première fonction.
On pourrait même dire que leur mode d'action les rapproche des représentants
divins majeurs de cette fonction et c'est pour cela que dès le
début de la série Giles et Willow collaborent activement
de concert à la recherche d'éléments de connaissance
permettant la victoire de Buffy sur les forces démoniaques. Mais
un élément moral les empêchait de formé un
couple sentimental : la différence d'âge, visible dans ce
cas, entre les deux personnages et si contraire à la morale puritaine
américaine.
Tout comme il est normal que Willow soit proche de Xander, par le fait
qu'elle est proche par sa fonction et donc par son caractère de
la troisième fonction. Mais ils ne peuvent pas non plus former
un couple amoureux, puisqu'ils ne font pas partie de la même fonction.
A t-on jamais vu un vaysia épouser une brahmane, un berger épouser
une reine... sauf dans les contes !
Willow devait donc se trouver quelqu'un d'autre pour la réalisation
de ses premiers désirs amoureux. Quelqu'un qui soit de la même
fonction, mais en plus effacé.
Oz : un substitut de Giles et de Xander pour Willow.
Il est dit maintes fois dans BTVS qu'il est d'une certaine
manière l'égal de Willow en ce qui concerne l'intelligence
et la connaissance. D'ailleurs dans l'épisode " Kendra 1/
What's my line 1 ", me semble t-il, Willow et Oz sont contacté
par une firme informatique en qualité de petit génie. Donc
Oz est par son intelligence un personnage de la première fonction.
Mais on pourrait presque dire que cette " incarnation " de la
première fonction en Oz est trop prégnante. D'où
son extrême réserve et son côté calme qui en
font un personnage particulièrement effacé.
Le côté régulateur de la première fonction
est surdéveloppé chez Oz. En termes psychanalytiques, on
pourrait dire qu'il est inhibé. Il intellectualise tout. Il faut
se souvenir de la scène dans Earshot où le Scoobygang est
réuni dans la bibliothèque de Giles, et qu'ils apprennent
le nouveau pouvoir de Buffy. Chacun a une réaction émotive
par rapport à cette capacité, sauf Giles qui se maîtrise
en cherchant des solutions dans des livres et Oz qui nous tient un raisonnement
digne de Descartes dans le Discours de la Méthode : " Oz:
(fronce les sourcils) ... Je pense donc je suis. Je suis ce que je pense.
Si Buffy pense ce que je pense, est-ce que je suis? Elle est moi, donc
j'existe plus ... Aucun de nous n'existe. Nous sommes Buffy. Nous pensons,
donc elle est... ". Il faut se rappeler aussi sa réaction
face à l'infidélité de Willow avec Xander dans "
Amours Contrariées/Lover Walks ". Bien qu'il rompe de fait
avec Willow, il n'a pas à son égard une réaction
émotive forte et violente, malgré ce qu'il doit ressentir
comme peine.
Beaucoup d'autres exemples montrent qu'Oz est par son rejet des émotions,
du moins son contrôle efficace des émotions, un personnage
de première fonction. Mais cette sur-régulation est trop
forte pour en faire un personnage réellement efficace. Cela entraîne
son effacement dans l'action.
Donc, Oz est le seul personnage qui peut se lier sentimentalement avec
Willow.
Mais trois jours par mois il se transforme en lycanthrope. C'est-à-dire
en un monstre bestial qui ne peut plus contrôler ses pulsions violentes.
C'est comme une soupape de sécurité. La première
fonction si puissante chez ce personnage doit céder la place à
un déferlement de la seconde fonction. Le sage est remplacé
par le guerrier incontrôlé durant la pleine lune.
Willow joue alors le rôle régulateur qu'Oz ne peut plus effectuer.
Comment effectue t-elle cette régulation ? C'est à partir
du moment ils tombent amoureux l'un de l'autre qu'Oz s'enferme dans une
cage. Ainsi Willow par sa présence et surtout par sa fonction empêche
Oz de donner libre cours à la déferlante violence de la
lycanthropie. Un psychanalyste pourrait presque dire que Willow a un rôle
castrateur vis-à-vis d'Oz, durant trois jours par mois.
Spoiler S4: L'épisode : Wild A heart de la quatrième saison
est de ce point de vue très significatif. Durand cette épisode
Oz rencontre une lycanthrope dont il se sent inexorablement attiré.
Oz résiste comme il peut à cette attirance et aux arguments
de Véruca l'incitant à accepter sa lycanthropie dans tous
ce que cela représente en terme de liberté d'action mais
aussi de soumission aux pulsions. Ils finissent par devenir amant lors
de leurs métamorphoses nocturnes. Finalement Willow finit par découvrir
leur liaison. Oz tue Véruca qui voulait s'en prendre à Willow.
Mais le couple ne résiste pas à cette épreuve. Oz
fuit Willow pour la protéger de lui-même. Je vous livre quelques
répliques :
Oz : Je ne me suis pas exprimé officiellement! Je veux seulement rentrer chez moi et comprendre comment nous sommes sortis de nos cages.
Veruca : Tu as une cage ?
Oz : Toi non ?
Veruca : Avec une petite roue et une balle en plastique, et une jolie petite cloche à l'intérieur. Seigneur ! Quelqu'un t'a totalement domestiqué.
Oz : C'est mon choix. Je ne veux pas blesser qui que ce soit.
Veruca : Peut-être. Ou peut-être que tu ne veux pas admettre tout simplement ce qui t'arrive (permanent, ici). Peut-être que tu veux juste feindre d'être un mec normal.
Oz : et bien, je suis un type normal. Je suis un loup juste tois jours par mois.
Veruca : Ou tu es un loup tout le temps, et ce visage humain est seulement un déguisement. N'as-tu jamais pensé à cela, Oz ?
Oz : j'y vais. Je vais vérifier le journal pour voir si nous avons fait des dégâts la nuit dernière.
Veruca : Oh, nous en avons fait. Mais seulement l'un à l'autre. Je sais qu'une partie de toi s'en souvient. (Pas besoin de pleine lune pour ça). Nous pourrions… le refaire sur le champ.
Oz : Pas question. C'est fini… à l'instant.
Veruca : je peux d'aider, Oz. Tu es effrayé. Je l'étais aussi. Mais je l'ai accepté. L'animal est puissant en moi tout le temps. Bientôt, tu commenceras à être désolé pour tous les autres parce qu'ils ne savent pas ce qu'est d'être comme nous sommes. Libres. Vivants.
Oz : Libre de tuer ? Je ne veux pas de ça. Tu ne devrais pas.
Veruca : Tu ne comprends pas. Mais ça viendra. Tu verra que nous sommes de la même race.
Oz : Non. Je sais où me situer. (belong fait ref à un groupe social ,de "peers", d'égaux. véruca veut être un couple avec oz, qui lui oppose le scooby gang)
Veruca : A ce soir.
Puis plus tard :
Oz : ne la touche plus jamais (en parlant de Willow que Veruca venait de frapper. Nda).
Veruca : Viens m'en empêcher. J'aime la bagarre, tu te souviens ?
Oz : si tu veux me blesser, blesse moi. Mais tu la laisses en dehors de ça.
Veruca : Comment le puis-je ? Elle est la raison de ta vie en cage. Elle te rend aveugle. Quand elle ne sera plus, tu seras capable d'admettre ce que tu es.
Oz : tu ne veux pas découvrir qui je suis. (phrase anglaise? :-))
Veruca : tu es un animal. Les animaux tuent.
Oz : Tu as raison. Nous tuons. (alors qu'il se transforme en loup)
Enfin :
Oz : Non. Veruca avait raison à propos de quelque chose. Le loup est en moi tout le temps, et je ne sais plus où est la frontière entre moi et lui. Et tant que je n'aurai pas compris ce que cela signifie, je ne devrai pas me trouver près de toi… ou de quiconque. (en parlant à Willow avant de partir).
Evolution fonctionnelle des personnages : confusion.
Bien que tous les personnages principaux de la série
voie leur psychologie évoluer au cours des épisodes et des
saisons, peu d'entre eux finalement vivent réellement une modification
fonctionnelle, si je puis dire.
Ainsi ce n'est pas parce que Willow prend plus d'assurance petit à
petit que son rapport à la première fonction se modifie.
Il ne s'enrichit que de l'aspect sorcellerie, qui d'un point de vue fonctionnel
n'est qu'un renforcement.
Il en va de même pour Cordélia, car son intégration
progressive dans le Scoobygang et la modification de son caractère
qui fait que jusqu'à sa rupture avec Xander elle est moins "
peste " qu'auparavant n'entraîne pas une modification dans
son aspect fonctionnel.(34)
Quant à Buffy, elle actualise sa sagesse potentielle sous l'action
de son précepteur/chapelain - Giles. Mais son rôle fonctionnel
dans le Scoobygang n'évolue pas : elle n'en est que plus intensément
le personnage central en incarnant mieux le rôle de roi.
Le cas de Angel qui se transforme en Angelus lors de la seconde saison
est identique. Il est vrai qu'il subit une modification psychologique
énorme en perdant son âme. Il redevient un vampire à
part entière :démoniaque. Il quitte donc le Scoobygang.
Mais finalement le rôle qu'il y tenait devient son rôle chez
les démons. Il reprend une position de chef, en remplacement du
Maître et détrônant Spike. Roi du Scoobygang, il devient
roi des vampires pour une demi-saison. Et lorsqu'enfin après sa
pénitence en Enfer prend fin, il reprend la place qu'il avait dans
le Scoobygang auprès de Buffy. Donc d'un point de vue fonctionnel
il ne change pas au cours des trois premières saisons. Ensuite
partant pour Los Angeles, il ne fait plus parti du Scoobygang, malgré
les contacts qu'il conserve (cf.cross-over).
Il en va autrement de Xander et de Giles. L'un et l'autre vivent une modification
importante de leur rapport fonctionnel, entraînant un déséquilibre
dans leur couple fonctionnel. Ceci est d'autant plus caractéristique
pour Xander. Quoi qu'il en soit, les scénaristes de BTVS semble
vouloir brouiller le symbolisme fonctionnel, sciemment ou non.
Xander : à partir de l'épisode Halloween/Halloween se transforme
en militaire grâce à un sortilège lancé par
le vieil ami/ennemi de Giles : Ethan Rayne. Ainsi le Quirites devient
aussi un milites. Ceci contredit-il ce qui vient d'être dit à
propos de Xander et de son rattachement à la troisième fonction
? C'est un sort qui propulse Alex dans la seconde fonction. Et pas n'importe
quel sort : celui-ci transforme les porteurs de costumes de la soirée
d'Halloween en ce en quoi ils sont déguisés. Or le déguisement
n'est pas l'être en ce sens qu'il révèle plus ce que
le porteur du déguisement voudrait être pour diverses raisons
que ce qu'il est réellement, du moins dans l'épisode (35).
Donc Xander rêve d'être un guerrier, au même titre que
Buffy, ou plutôt qu'Angel (rivalité, jalousie). Et s'il rêve
d'en être un, c'est qu'il n'en est pas un. Il n'a aucun lien originel
avec cette fonction. Mais tout Quirites était aussi un jour où
l'autre un milites. C'est peut-être ce rapport archaïque vraisemblablement
chez les Indo-européens entre l'homme-libre producteur (pasteur
ou paysan) et le guerrier que Whedon a retrouvé par le biais romancé
de la magie. Mais dans tous les cas c'est une intrusion de la seconde
fonction au sein de la troisième.
Giles : au fur et à mesure que sa mission se réalise - former
la Tueuse - son rapport à la première fonction se réduit
en même temps que celui de Buffy se renforce. Son caractère
régulateur (1er terme de la 1ère fonction) s'adoucit et
il se transforme petit à petit en ami/père de Buffy, affirmant
épisode après épisode que Buffy est vraiment très
douée, plus qu'en observateur. A tel point qu'il est même
congédié de son rôle par le Conseil au milieu de la
troisième saison à cause des liens affectifs qui le lient
à Buffy. En revanche son rapport à le seconde fonction se
renforce. On le voit intervenir dans les combats comme dans Halloween/Halloween,
ou Zéro Pointé/Zeppo. Ce caractère est renforcé
par ce que l'on peut entrevoir de sa jeunesse : blouson noir violent et
rebelle (Effet Chocolat/Band Candy).
Est-ce vraiment, comme dans le cas de Xander, une intrusion de la fonction
guerrière dans la fonction sacerdotale, ou un renforcement du premier
aspect de la première fonction qui ne pouvant plus s'exprimer autant
par le moteur régulateur moral et spirituel vis-à-vis de
la Tueuse s'exprime par un aspect guerrier ? Je suis d'avis de considérer
la première hypothèse comme la plus plausible. Et cela pour
une seule raison, qui est purement d'ordre esthétique : la symétrie.
La seconde fonction fait une intrusion dans la troisième par l'intermédiaire
de Xander, il faut donc pour respecter la symétrie qu'elle le fasse
au sein de la première fonction par l'intermédiaire de Giles.
(36)
Du couple fonctionnel au couple sentimental : un accroc à l'idéologie indo-européenne.
Nous avons vu que chaque fonction est représentée par un couple fonctionnel. Nous avons ici Buffy-Angel, Giles-Willow, et Xander-Cordélia. Pour deux d'entre eux, ce couple fonctionnel se double d'un couple amoureux. Seul Giles et Willow échappent à cette règle, pour une raison exprimée plus haut, qui pour le coup n'est absolument pas indo-européenne, puisque chez tous les peuples indo-européens historiques, du moins parmi les plus conservateurs, les dieux fonctionnels sont tous des entités masculines qui ne peuvent pas par conséquent former un couple amoureux avec leur binôme (37). Les Déesses importantes d'ailleurs sont soit trivalentes (38) ou une incarnation d'un aspect de la troisième fonction (39).
Conclusion : le Scoobygang est une représentation de l'univers et de la société idéale telle que pouvaient se l'imaginer les peuples indo-européens.
S'il suffisait d'une preuve pour résumer ce qui
vient d'être dit ce serait la suivante :
Un élément semble aller dans ce sens dans l'épisode
Primeval de la 4ème saison : Buffy sert de réceptacle à
la puissance magique d'une invocation incantée par Willow à
partir d'un jeu de tarot. Elle rassemble donc les forces du groupe. Et
quelles sont ces forces : Spiritus (l'Esprit dans le sens d'âme,
souffle vitale tiré par Willow. Représentant la première
fonction), Sophus (l'Esprit une nouvelle fois mais ici dans le sens de
raison, sagesse tiré par Giles. Incarnation de la première
fonction), Amimus (le cœur, certainement comme lieu de vitalité
et d'émotion donc incarnation de la troisième fonction tiré
par Xander) et Manus (la Main tiré pour Buffy. La main dans le
sens de l'action. celui qui produit l'action… le guerrier). Je crois
qu'on ne peux pas être plus clair dans le symbolisme trifonctionnel.
C'est par le concours de toutes les forces/fonctions que le mal est détruit.
Seule la coopération des trois fonctions hiérarchisées
est vecteur d'ordre et d'harmonie. C'est l'idéal indo-européen
que l'on retrouve dans la fondation de Rome, dans la formation de la société
divine des scandinaves après la guerre et le traité de paix
entre Ases et Vanes.
Mais cet ordre et cet équilibre cosmique et social doit être
aussi un ordre et un équilibre individuel. Le déséquilibre
entraîne le chaos et le pêché... le Mal.
Les vampires et démons : déséquilibre fonctionnel (esquisse)
D'où vient le " mal " dans l'idéologie
fonctionnelle indo-européenne ? Pour le savoir demandons nous ce
qu'est le "bien " ? Comme il a déjà été
dit lors de l'introduction le bien pour les Indo-européens c'est
le respect de l'ordre cosmique et social. Cet ordre est compris comme
l'équilibre hiérarchique des trois fonctions qui composent
le monde. Le mal est donc la négation de cet ordre entraînant
donc un déséquilibre. De ce déséquilibre résulte
chez les humains et les créatures le vice, le péché...
Il y a donc des comportements mauvais classés dans les trois fonctions
selon le manque ou l'excès d'une fonction chez l'individu.
Les " péchés " liés à la première
fonction sont : le mensonge, la trahison, l'impatience, la folie. Ceux
liés à la seconde fonction ont rapport à la violence
physique (bellicisme, meurtre). Enfin ceux liés à la troisième
fonction sont aussi nombreux qu'elle possède d'aspects. Néanmoins
ont peut définir ceux liés à la sexualité
(lascivité, adultère... ) ceux liés à la beauté
(narcissisme), ceux liés à la production (cupidité/avidité,
ambition démesurée).
Dans ce cadre, Drusilla par sa folie et par ses dons de prophétie
se place donc dans les " pêchés " de la première
fonction. Spike, personnage colérique représente les pêchés
de la seconde fonction. Wilkins et Mister Trick sont à considérer
comme des représentants de la troisième fonction par l'ambition
du premier et le narcissisme du second et l'avidité des deux. Darla
représente la troisième fonction de par la séduction
qui lui sert de mode opératoire pour la vampirisation.
Le cas du Maître est plus complexe. Il me semble qu'il est l'incarnation
d'un antiroi, tout comme Angelus. Mais pour ce dernier, je lui réserve
un chapitre.
Angelus/Angel : le pêché et la rédemption
Malheureusement ce chapitre qui devait traiter du cas d'Angel et d'Angelus vis-à-vis des thèmes du péché et de la Rédemption chez les Indo-européens ne pourra pas se faire dans l'immédiat. Le livre qui devait me permettre d'étudier le problème n'est plus édité. Donc il me faudra le rechercher chez les bouquinistes. Cela peut prendre du temps...
BTVS et ses saisons : structure du mythe/épopée indo-européens ?
J'aimerais expliquer très brièvement la
différence entre le mythe et l'épopée chez les Indo-européens
tels qu'ils ont été définis par les indo-européanistes
: le mythe est aux dieux et à l'histoire du monde ce que l'épopée
est à l'humanité et à l'histoire du peuple. Le mythe
raconte les dieux et leurs actes. L'épopée raconte les hommes
et leur société. L'épopée peut être
historisante (40) comme l'histoire de la fondation
de Rome ou une simple retranscription du mythe mais replacé dans
un cadre humain.
Dans ce chapitre j'aimerais analyser le niveau de convergence entre la
structure des mythes, c'est-à-dire la façon dont s'articulent
les différents thèmes de la mythologie indo-européenne,
avec la structure de BTVS au niveau des saisons. La question de la comparaison
de BTVS dans sa globalité et de la mythologie est de celle que
l'on peut évacuer rapidement : BTVS n'étant pas fini cette
tache est remise à plus tard. Et je laisse le travail de comparaison
entre des épisodes particuliers de BTVS et la mythologie dans son
entièreté ou selon une histoire particulière à
des exégètes plus méticuleux que moi.
Il existe néanmoins un léger problème, qui pourtant
a été résolu avant moi par les indo-européanistes
: il n'existe pas de structures communes aux différentes mythologies
des différents peuples indo-européens historiques. Cependant,
il a été possible par recoupement entre les différentes
mythologies et épopées de reconstituer une mythologie archaïque
telle qu'elle aurait pu exister avant la dispersion présumée
des peuples indo-européens. L'hypothèse et la conclusion
de ceci est que chaque peuple s'est servi de tel ou tel aspect d'un héritage
commun et la modifié selon les réalités du moment.
C'est donc à cette mythologie reconstituée et " préhistorique
" (41) dont les éléments
se retrouvent dans diverses mythologies et qu'il faut comparer les saisons
de BTVS.
Et puisque la mythologie se réfère à un niveau divin
et cosmique, je me servirais de leur retranscription humanisée
que sont les épopées et en particulier de deux d'entre elles
: le Mahabharata et l'origine de Rome, car elles reproduisent les principaux
thèmes mythiques éclairés par la mythologie scandinave.
L'une pour le début, l'autre pour le développement et la
fin
- Au commencement était le Chaos... Buffy
y mit un terme !
Rappelons-nous l'origine de la Rome épique issue du synécisme
(ce synécisme créateur d'un nouvel ordre correspond au niveau
du mythe à la création du monde : la création du
monde étant une mise en ordre fonctionnelle du Chaos/Vacuum préexistant)
de trois ethnies représentants les trois fonctions : les proto-Romains
de Romulus descendants de l'Enée troyen et des Latins d'Albes et
incarnants fonctions indo-européenne magico-juridico-religieuse,
en un mot souveraine (42). Les Etrusques de
Lucémon représentants la fonction guerrière. Et les
Sabins de Titus Tatius apportant femmes et richesses après une
guerre contre la coalition Romulus-Lucémon et une paix intégrative
représentants la troisième fonction. De cette fusion "
ethnico-fonctionnelle post-conflictuelle " naît Rome (43).
Il m'apparaît qu'un tel synécisme peut être envisagé
pour BTVS : le Scoobygang n'est pas formé au départ (44).
Il est crée par la fusion de différents personnages représentant
les trois fonctions qui ne se connaissent pas tous.
Cependant, cette comparaison est limitée. Alors que le synécisme
est fonctionnellement ordonné chez les romains, elle ne l'est pas
dans BTVS : la fusion se fait par soit deux groupes distincts, soit cinq.
1ère option dite restreinte (2 groupes)
: d'un côté nous avons Buffy (2ème fonction accédant
à la première par élection et incarnant la communauté
entière donc la troisième fonction), Angel (idem) et Giles
(1er aspect de la 1ère fonction) qui se retrouvent tous deux à
Sunnydale parce que Buffy y vient (ils sont donc tous trois étrangers
à cette ville), et de l'autre Willow (2ème aspect de la
1ère fonction), Xander (3ème fonction) et Cordélia
(3ème fonction) qui sont des " autochtones " de Sunnydale
2ème option dite éclatée (5
groupes) : Buffy (2ème fonction etc.) / Giles (1ère
fonction)/ Angel (2ème fonction etc.)/ Willow-Xander (1ère
et 3ème fonction) / Cordélia (3ème fonction)
Nous voyons ici que quelle que soit l'option choisie, elle n'est pas ordonnée
fonctionnellement comme l'aurait envisagé un indo-européen
archaïque ou historique. Pour lui Giles et Willow auraient formé
un groupe (bibliothécaire et son assistante par exemple), Buffy
et Angel un second groupe (amants ! ?) et Xander et Cordélia le
troisième groupe. Il est vraisemblable que pour des raisons romanesques
(45) et significative pour des adolescents
(46) la retranscription intégrale du
schéma du synécisme indo-européen ne pouvait pas
être reprise.
La deuxième limite est que la formation du Scoobygang ne suit pas
une période conflictuelle. Là encore, je pense que des raisons
liées au développement de l'histoire empêchaient un
tel scénario. Il est possible toutefois de voir dans l'hostilité
qui oppose Buffy/Willow (2ème et 1ère fonction) et Cordélia
(3ème fonction) au début de la 1ère saison une atténuation
résiduelle de ce conflit.
Mais un tel acte créateur ne peut avoir lieu complètement
qu'une seule fois. On ne recrée pas la société ou
le monde tout le temps (enfin si... grâce aux rituels. Mais ceci
est une autre histoire). C'est pourquoi les saisons suivantes ne connaîtrons
plus réellement ce synécisme, malgré l'entrée
d'Oz, Jenny Calendar et Kendra dans la deuxième saison, et le retour
de Buffy et d'Angel et l'arrivée de Faith et de Wesley dans la
troisième saison, spoiler
(Riley et Anya en remplacement de fortune d'Angel et Cordélia dans
la quatrième saison).
- De l'âge d'or à l'âge de fer
Que nous raconte le Mahabharata ? Ce texte ne connaît aucun synécisme
social puisqu'il raconte l'histoire d'une famille, celle des Pan¼ava,
et en particulier de 5 demi-frères. Le premier d'entre eux est
Yudhiîðhira, l'incarnation du dieu de la souveraineté
magico-religieuse de la période brahmanique de l'Inde : Dharma,
principe de vertu et de justice, successeur du couple Varuna-Mitra dans
la théologie. Il est l'ainé et donc l'héritier de
la couronne du roi Pan¼u. Tout irait pour le mieux dans le meilleurs
des royaumes possible, si un cousin -Duryodhana - incarnation de la déesse
de destruction - Kali - ne s'emparait de la couronne par tricherie lors
d'une séance de jeu de dés contre Yudhiîðhira.
Les termes de l'enjeu était la couronne et l'exil durant une période
d'au moins 13 années pour le perdant. Yudhiîðhira perd
la partie, car les dés étaient pipés. Il part en
exil avec ses frères...
A quoi correspond cette phase épique durant laquelle le roi juste,
vertueux et légitime est spolié de son droit par une incarnation
d'une démone. Pour le savoir intéressons-nous un court instant
aux mythologies d'autres peuples indo-européens... . En particulier
à la mythologie scandinave.
Celle-ci raconte qu'Odinn, souverain des dieux et dieu souverain, avait
deux fils (parmi d'autres) dont un se nommait Baldr et l'autre Hödr.
Baldr était un dieu de beauté, d'amour et de sagesse, grand
orateur dont les jugements ne pouvaient être réalisés
(47), que tout les dieux, Ases et Vanes réunis
aimaient autant qu'il fût possible. Son frère avait pour
caractéristique qu'il était aveugle. Sa cécité
servira d'instrument au destin... ne dit-on pas que le destin est aveugle
? Un jour Baldr rêve de sa mort... les dieux épouvantés
par une telle perspective décident d'agir par l'entremise de Frigg,
la femme d'Odinn, qui fait jurer à toutes les choses animées
ou non de ne jamais porter atteinte à la vie de Baldr qui devient
donc indestructible. Les dieux s'amusent alors avec Baldr de cette nouvelle
condition : ils lui jettent tout ce qui leur passe sous la main. Ce bonheur
retrouvé sera de courte durée, car s'était compter
sans la malignité d'un dieu, père de maints monstres dont
loup gigantesque - Fenris - dont la prophétie veut qu'il détruise
le monde : Loki. Celui-ci déguisé en vieille femme apprend
de Frigg que le gui fut oublié dans la séance de serment,
car il semblait trop inoffensif. Riche de cette information, Loki se rend
au près d'Hödr, qui aveugle, attendait que les autres dieux
en finissent avec leur nouveau divertissement. Loki persuade Hödr
de participer comme les autres à la séance de jet de tout
chose sur Baldr. Il lui place dans la main un rameau de gui et guide sa
main... Bladr est mortellement blessé. Les dieux fondent en larmes.
Finalement ils tentent de convaincre Hel, la déesse de l'Enfer,
fille de Loki, de relâcher Baldr. Elle accepte à une condition
: que l'on vérifie que Baldr est aussi aimé qu'on le dit
par toutes les créatures de la Terre. Si toutes pleurent la mort
du dieu, alors il sera libéré de la mort. Toute pleure sauf
une : Loki, au fond d'une caverne, déguisé en vieille sorcière.
Baldr reste donc en Enfer. Commence donc une ère sans idéal
ni espoir qui était porté par le dieu Baldr.
Aussi étrange que cela puisse paraître la mort de Baldr correspond
à l'exil de Yudhiîðhira. Baldr ne vit-il en enfer une
sorte d'exil à cause de la tromperie d'un être maléfique
? Pour les Scandinaves l'époque qu'ils vivaient était celle
qui suivait la mort de Baldr... une triste ère, durant laquelle
le mal semble vaincre.
Ce thème de la dégradation du monde sous les coups du Mal,
âge après âge, est un thème reprit aussi par
les Grecs qui voyaient une succession temporelle de 4 âges : âge
d'or, âge d'argent, âge de bronze et la dernière dans
laquelle les Grecs estimaient vivre - âge de fer.
Donc dans la mythologie indo-européenne, après la création
du monde et son ordonnancement par les dieux fonctionnels suivent des
périodes de plus en plus troublées durant lesquelles les
démons semblent emporter des victoires.
Nous pouvons retrouver en partie cette phase dans chaque saison de BTVS
où finalement les forces du Mal ont toujours un coup d'avance.
Buffy et le Scoobygang ne sont que réactifs aux menées des
Ténèbres (en cela Joyce a raison dans Intolérance
/ Gingerbread). Leur rôle se limite souvent jusqu'au dernier épisode
à déjouer les plans des démons et vampires. En ce
sens on peut dire que les " bons " sont pris de court et les
" méchants " dominent jusqu'au dénouement durant
la bataille finale :
1ère saison :
après le synécisme, c'est la création du Juste des
Justes (Un Premier Rendez-Vous Manqué/Never Kill a Boy on the First
Date) (qui par ailleurs est finalement un personnage bien pâle)
sans que le Scoobygang naissant puisse rien faire. Buffy réussira
malgré tout à déjouer tous les plans du Maître
visant à la tuer durant cette courte saison. Mais elle finira par
mourir sous les crocs du Maître.
2ème saison :
l'arrivée de Spike et de Drusilla donne un certain avantage aux
forces des Ténèbres par leur arrivée. L'ordre de
Taraka aussi très momentanément. Angel se fait enlever par
Spike et Drusilla... il est torturé (Kendra 2/What's My Line ?
part 2). L'arrivée du Juge. Le retour d'Angelus (Innocence 1/Surprises
- Innocence 2/Innocence). La mort de Jenny Calendar (La Boule de Tésulah
/ Passion). Kendra Morte - Willow dans le coma - Xander blessé
- Giles kidnappé et torturé mentalement (Acathla 1 et 2
/ Becoming part 1 et 2)
3ème saison :
l'arrivée de Mister Trick (La Nouvelle Petite Sur / Faith,
Hope and Trick). Le passage de Faith du côté obscure de la
Force (Au Dessus des Lois / Consequences). Les préparatifs de l'Ascension
qui se poursuivent sans que le Scoobygang puisse y mettre un terme (en
particulier La Boite de Gavrock / Choices). Angel blessé et empoisonné
par Faith (La Cérémonie 1 / Graduation part 1). Le combat
contre Faith qui ne permet pas à Buffy de ramener le corps pour
sauver Angel. L'Ascension qui se déroule comme prévu ou
presque... .
D'ailleurs dans cette saison n'avouent-ils pas avoir toujours du retard
sur les plans du maire à propos de son Ascension ?
- Ragnarök et Renaissance
Durant l'exil des Pan¼ava, les cinq frères se marient avec
la même femme - Draupadi - qui est de sang royal. Ils se créent
de nouvelles alliances et lorsque le temps de l'exil est expiré,
ils décident de rentrer au pays. Malheureusement Duryodhana refuse
leur retour. Il s'ensuit une guerre gigantesque durant laquelle la quasi-totalité
des deux armées adverses sont anéantis. Mais finalement
les Pan¼ava remporte la victoire finale in extremis, mais sous le
coup d'une terrible malédiction qui fait qu'ils ne pourront pas
avoir de descendance. La lignée des Pan¼ava se termine là
théoriquement la victoire se transforme en échec. Mais l'un
des serviteur de Yudhiîðhira - Krishna - qui n'est autre que
l'incarnation du dieu Vishnou, décide d'intervenir en ressuscitant
le fils d'Arjuna (le troisième Pan¼ava, incarnation du dieu
Indra - dieu de la guerre, de la pluie et des éclair et du tonnerre)
- Parikshit -qui est en " gestation " au moment où l'anathème
est proféré. Ainsi la lignée perdura. Les méchants
vaincus, la paix, la puissance et la prospérité peuvent
à nouveau être lot du royaume des Pan¼ava.
Cette bataille finale durant laquelle meurent la plupart des protagonistes
suivit d'un renouveau possède une correspondance presque trait
pour trait dans la mythologie scandinave :
Le Ragnarök, qu'une confusion de mot a fait nommer : le Crépuscule
des dieux. Après la mort de Baldr, Loki satisfait momentanément
s'en repart chez lui. Dans un futur plus ou moins proche il est prévu
qu'il libère les monstres, ces enfants, tel le loup Fenris qui
doit avaler le monde, le serpent gigantesque Midgardr, le géant
du feu Surtr, le chien Garmr, Hel la déesse des Enfers et bien
d'autres encore. La bataille aura lieu et tous les dieux et tous les monstres
s'entre-tueront. Le monde sera sauvé par le dieu Vidarr (48)
qui se dilate entre les deux mâchoires du loup Fenris, qui avait
ouvert sa gueule de la terre au ciel et qui menaçait d'avaler le
monde et de le détruire, et le tue en lui déchirant la gueule
en deux (49). Le dernier duel de cette bataille
eschatologique (50) est celui de Heimdallr, dieu-gardien,
premier dieu représentant le temps, la durée et de Loki
qui comme les autres dieux et monstres s'entre-tuent. Ainsi le monde est
sauvé de la destruction irrémédiable par deux dieux
représentant l'espace et le temps. Il ne reste de vivant que Hödr
et Baldr qui sort des Enfers. Ils redonnent vie au monde. Un nouveau monde
idéal de paix, de puissance et de prospérité qui
ne connaîtra jamais le Mal.
La différence importante entre les deux récits est que dans
l'un c'est les démons qui attaquent pour détruire le monde
et les dieux bénéfiques, alors dans l'autre se sont les
hommes " justes " qui attaquent les hommes " injustes "
afin de se rétablir dans leur droit.
On retrouve cela selon l'aspect indien dans BTVS : chaque dernier épisode
de chaque saison voit la bataille finale contre le mal, après sa
domination : mort du Maître, mort d'Angelus, mort du Maire. La vie
reprend ses droits. Chaque saison se développe vers ce point final
considéré par les membres du Scoobygang comme une apocalypse
possible. Le thème est repris, semble t-il, fidèlement.
En conclusion, il semblerait que les trois phases du développement
de la mythologie archaïque indo-européenne (création
d'un monde imparfait - domination du mal - crise eschatologique suivie
d'une renaissance d'un monde parfait) soit présentes dans les saisons
de BTVS.
Conclusion générale, axes de travail et postface.
Il est donc possible de comparer BTVS tant au niveau des
personnages de BTVS prit isolément ou en groupe que de la structure
de la série avec l'idéologie fonctionnelle des indo-européens
et de la façon dont ils la mirent en scène au travers de
la mythologie et de leurs épopées. L'évolution des
personnages semble modifier petit à petit ce rapport. Les saisons
suivantes confirmeront ou infirmeront peut-être cette évolution.
Buffy représente l'idéal humain des indo-européens,
que le roi dans leur conception devait incarner, et l'union des forces
qui composent le monde (les trois fonctions positives : justice/vertu/sagesse-force-prospérité)
tant matériel que spirituel est ici effective au sein d'un groupe
incarnant la société et la coopération.
C'est de cela peut-être que la série tire son succès
aux USA et en Europe (Ailleurs ? quelqu'un aurait-il des infos à
ce sujet?), répondant inconsciemment aux schèmes que nos
lointains ancêtres que diverses sciences cernent difficilement nous
ont légués.
Whedon en est-il conscient ? Il est certainement le seul à pouvoir
répondre à cette question. Toutefois il n'est pas nécessaire
qu'il le soit. Il peut avoir comme tout à chacun intégré
des éléments de cette idéologie et les retranscrire
dans BTVS, sans pour autant être conscient des implications indo-européennes
Certains axes de comparaisons n'ont été qu'ébauchés
par manque d'information. D'autres ont été ignorés
: la relation de BTVS avec la notion du destin et de l'amour. Thèmes
chers aux indo-européens. Peut-être feront-ils de ma part
l'objet d'une " étude " ultérieure (rien n'est
moins sûr). Un autre travail, que j'avais commencé au début
de celui-ci et que j'ai abandonné très rapidement, pourrait
être entrepris par quelqu'un de plus consciencieux que moi : l'inventaire
exhaustif, épisode après épisode, des phrases et
situations allant dans le sens de convergences entre l'idéologie
fonctionnelle et BTVS.
De plus comme je l'ai déjà dit, l'idéologie n'est
pas quelque chose de fixe, puisqu'elle est déterminée par
l'existence - les conditions matérielles dans lesquelles vivent
les hommes, les rapports productions, les rapports sociaux, etc. L'existence
matérielle des hommes ont évolué depuis les temps
anciens... l'idéologie aussi. Deux apports fondamentaux ont été
faits au siècle dernier : l'étude psychanalytique de l'individu
par Freud et son équivalent au niveau sociétal - le marxisme,
qu'on en pense du bien ou du mal (51). La façon
d'envisager la psychologie des personnages d'une histoire n'est plus envisagée
de la même manière qu'il y a 4000 ans. Un personnage de fiction
indo-européen " classique " aurait une psychologie qui
suivrait totalement la symbolique de la fonction qu'il incarne. Un carcan
indépassable limitait les récits. Les récits étaient
au service d'une morale. L'implication y était direct. Maintenant
le carcan existe toujours mais la chaîne qui le compose s'est vu
agrandir de plusieurs autres maillons. Il y donc autant d'éléments
divergents que convergents entre BTVS et l'idéologie fonctionnelle
indo-européenne.
En définitive, que penser de cette étude ? Est-elle légitime
et valide ?
Au-delà des réserves énoncées dans le préambule,
ainsi qu'au-delà de mon amateurisme en la matière (amateurisme
éclairé ?) qui a pu m'amener à faire des erreurs,
certains scientifiques -linguistes et archéologues- ont émis
des critiques justifiées sur l'indo-européanisme, remettant
en cause la méthodologie suivie depuis les années 30 et
avant, remettant en causes les conclusions et les hypothèses et
ainsi que l'idée même d'une possible indo-européanité
comme il a été vu précédemment (52).
S'il n'y a jamais eu de culture indo-européenne, mon travail n'est
alors qu'un jeu de l'esprit reposant sur du vide.
Et pour finir sur une provocation dénuée de toute agressivité
de ma part (paix aux hommes de bonne volonté !) je dirais que même
si mon travail n'est qu'un mirage je l'ai effectué avec plaisir
car je n'ai eu nullement le besoin de parler de génétique
et d'évolution des espèces, m'attachant plutôt à
essayer d'expliquer la réalité (l'idéologie d'un
scénariste) que la fiction, un pur imaginaire où les principes
de réalité ne sont pas nécessaires.
Notes
(1) j'expliquerai ceci plus tard
(2) pour cela et pour son travail, je remercie mille fois Lauréna, puisque je ne l'avais pas encore fait.
(3) paix à son âme et gloire à sa descendance sur 7 générations.
(4) pour ceux qui ne le sauraient pas - et d'ailleurs on vit très bien sans le savoir - la philologie est une discipline particulière de la linguistique qui étudie les langues à partir des documents écrits que les locuteurs nous ont laissés, dixit le Larousse. Définition imprécise mais j'en ai pas de plus précise à fournir !
(5) les erreurs méthodologiques sont terribles parfois.
(7) qu'ils soient Indiens, Perses (Iraniens), Scythes, Germains, Grecs, Slaves, Illyriens, Hittites, Daces, Thraces, Phrygiens, Italiques, Baltes, Arméniens, Romains, Celtes, etc.
(8) ce qui d'ailleurs n'était pas forcément différencié pour eux.
(9) des thèses veulent qu'il n'y ait pas de correspondance étymologique entre Varuna et Ouranos en prenant appui sur les lois de phonétique indo-européenne et de son évolution. Cette différenciation étymologique est défendu par Dumézil.
(10) normalement sous le " n " il y a un point et pas une cédille... mais je ne l'ai pas trouvé dans les caractères spéciaux. En outre " varna " veut dire couleurs. Car dans l'idéologie les fonctions étaient symbolisées par des couleurs:
-1ère fonction : blanc
-2ème fonction : rouge
-3ème fonction : bleu / jaune / brun (selon les peuples)
(11) les " intouchables ", c'est-à-dire les esclaves.
(12) à partir de la fin néolithique-début du chalcolithique se développe une société de classes un peu partout dans le monde (néolithique) basé sur la propriété privée des moyens de production (ce qui n'existait pas auparavant), à l'époque avant tout agricole, où s'opposent ceux qui travaillent et ceux qui dirigent et s'enrichissent. Et parmi ceux qui travaillent, c'est sur les esclaves que reposait l'économie.
(13) " Tribu de Dana ". Dana étant la déesse-mère des Celtes gaéliques.
(14) c'est bête pour des dieux de la tribu de la déesse-mère, c'est-à-dire la déesse de la terre, de la nature, la fécondité, la vie, la mort aussi...
(15) et ici ne s'agit absolument pas de réincarnation - c'est vraiment important de voir la différence qu'il existe entre incarnation et réincarnation si l'on veut s'intéresser à la mythologie.
(16) alors me direz-vous s'ils sont de pères et de mères différents pourquoi sont-ils considérés comme des demi-frères. Officiellement ils seront considérés comme les enfants de Pan¼u, un roi qui tenait à se reproduire avec sa première et seconde femme mais qui ne le pouvait pas à cause d'une malédiction. Chez les Indo-européens la famille n'est pas uniquement de sang ou génétique, elle est aussi légale et officielle.
(17) c'est-à-dire l'idéologie de la classe dominante - seigneurs et prêtres - imposée globalement à tous, même aux membres des classes opprimés.
(18) ceux de la sphère occidentale au moins.
(19) le Père - le Fils - le Saint Esprit.
(20) -p.i-e. = pré indo-européen, dans le sens indo-européen préhistorique ou reconstituté.
(21) rex latin, *rig celtique, rajan indien, roi en français par exemple.
(22) que seule l'aristocratie guerrière goûtait vraisemblablement.
(23) corne d'abondance, Graal, etc.
(24) d'ailleurs le mot français " riche " à la même étymologie que " roi ".
(25) certaines théories sur le ng voudraient que la Tueuse soit stérile. Mais rien ne confirme cette théorie. Bien au contraire, pas vrai Teufel ? J
(26) toujours bien sûr au sein des représentations idéalisées des indo-européens, parce qu'il est vraisemblable que les motivations qui entraînaient l'interdiction du travail de rois étaient beaucoup plus pragmatiques.
(27) roi mais pas reine, car ce personnage a sa propre symbolique : elle est la représentante de la Terre-Mère.
(28) même si sa présence sur-le-champ de bataille était nécessaire pour la victoire.
(29) il n'est pas le dieu souverain. Il y a une différence.
(30) normalement il y a un rond de ce genre " ° " sous le " r ".
(31) plusieurs meurtres à son actif, dont celui de son frère, des trahisons, le rapt des sabines : mais malgré tout cela, il n'est pas considéré comme un être mauvais. Ce qu'il entreprend est nécessaire pour la fondation de Rome. Et peut-on lui reprocher d'agir comme à son référent divin : Jupiter, à qui il fait construire des temples et instaurer deux cultes.
(32) d'où, peut-être, la supériorité de cette fonction aux yeux des Indo-européens.
(33) les sibylles et les pythies d'Apollon.
(34) d'ailleurs ne peut-on pas voir dans la ruine du père de Cordélia, un effet de la pensée indo-européenne : le père ment au fisc. Un rattrapage fiscal le ruine par la suite. Ainsi n'ayant pas respecter l'ordre, ayant mis en cause l'équilibre, il est puni. On aurait pu penser que mentant au fisc, comme tant de patrons actuels, il s'enrichirait. Moins moral, mais plus réel.
(35) dans la réalité le rapport au déguisement, au carnaval est plus complexe. La question de l'Etre et du Paraître n'est pas de celles que l'on peut éliminer d'un revers de manche dédaigneux en affirmant : l'être c'est vraiment toi, contrairement au paraître. Autrement dit en ce qui concerne le déguisement, il peut représenter ce que l'on rêve d'être parce que l'on ne l'est pas, ou ce que l'on est mais que l'on ne peut pas exprimer n'importe quand pour des raisons de formalismes sociaux. Elle rejoint d'ailleurs la question de la " superficialité " et de la profondeur : la personne superficielle n'est pas toujours celle que l'on croit, si tant est qu'il existe " une superficialité " - l'apparence, le paraître - et une profondeur - l'être, l'âme, l'intelligence. C'est vraiment judéo-chrétien comme manière de penser et petite bourgeoise.
(36) je n'ai pas trouvé d'indice au sein de l'idéologie fonctionnelle indo-européenne qui puisse me faire fléchir d'un côté ou de l'autre.
(37) enfin, moi ce que j'en dis, c'est que les Indo-européens c'est rien qu'une bande d'homophobes dans une société patriarcale parfaitement sexiste.
(38) incarnant des aspects des trois fonctions comme Athéna chez les Grecs qui est à la fois une déesse de la sagesse, de la guerre et de la communauté.
(39) la déesse grecque Démeter : les plantes, la Scandinave Freya : la fécondité, etc.
(40) je veux dire en cela non pas qu'elle fasse de l'histoire au sens ou nous l'entendons aujourd'hui - rapport à l'objectivité et aux sources - mais que, bien que les situations et les personnages soient légendaires, elle à pour but de relater symboliquement l'histoire en reprenant les structures et les thèmes de la mythologie et en y soumettant la réalité.
(41) lorsque je dis préhistorique il ne faut pas voir l'Homme des Cavernes avec sa massue, puisque la cristallisation théorique de la culture indo-européenne varie selon les auteurs et les options historiques choisis entre le début du néolithique Moyen-Orient - -11000 pb (pb veut dire Before Present : le présent étant artificiellement placé durant les années 1950. Ce qui donne environ -9000 av. JC) et le milieu/fin du néolithique est-européen ou des plaines nord-pontique et des steppes au nord de la mer Caspienne, c'est-à-dire vers -6000 bp. Donc en tout état de cause durant le néolithique donc à une époque où l'élevage, l'agriculture et la céramique étaient inventés pour ne parler que de cela, et où dans certains coins du globe des civilisations pré-urbaines commençaient à éclore...
(42) albus donnera blanc en français. Et le blanc est la couleur de la première fonction.
(43) elle correspond, répétons-le, dans la mythologie scandinave à la guerre des divinités Ases (1ère et 2ème fonction) contre les divinités Vanes ( 3ème fonction) d'où est issue la communauté divine et chez les Celtes d'Irlande à la guerre des Thuata dé Danann (1ère et 2ème fonction) contre les Fomorés (3ème fonction).
(44) ce qui aurait pu être une option de Whedon.
(45) pas dans le sens romantique du terme mais littéraire.
(46) cibles privilégiées de BTVS.
(47) sa valeur morale et sa sagesse étaient trop grande pour ce monde-ci.
(48) l'équivalent scandinave de Vishnou. On retrouve dans l'un et l'autre une racine indo-européenne - *vi- ayant un rapport à l'étendu, à la mesure, à la séparation.
(49) Vishnou et Vidarr sont des dieux qui représente l'espace, l'étendue des choses et de l'univers, la matière, l'immuable.
(50) ce n'est pas un gros mot ni une pratique sexuelle peu hygiénique et cela se prononce : eskatologique. C'est un synonyme d'apocalyptique.
(51) d'ailleurs à ce sujet les deux topiques de Freud : conscient/subconscient/inconscient et Surmoi/Moi/Ça ainsi que la dialectique du Maître et de l'Esclave de Marx inspiré de la dialectique d'Hegel ne sont-il pas héritière de l'idéologie indo-européenne : le Surmoi avec son rôle inhibiteur et normatif ne peut-il pas représenter la 1ère fonction. Le Ça, siège des pulsions sexuelles, ne pourrait-il pas représenter la 3ème fonction et le Moi déchiré entre les deux forces précédentes la 2ème fonction. La dialectique à trois termes ou trois mouvements d'Hegel et Marx ne représent-elle pas les trois mouvements de la structure de la mythologie mais inversée partiellement : le Maître domine l'esclave correspondant au moment où le Mal domine un monde imparfait. L'Esclave domine le Maître ne correspond elle pas à la phase de la crise eschatologique. Disparition du Maître et de l'Esclave par le dépassement de l'opposition et la disparition des fonctions des deux termes antagonistes ne correspond-elle pas à la renaissance d'un monde parfait ?
(52) (et bien que des critiques aux critiques puissent être aussi formulées, lire à ce sujet l'article de synthèse pour le magasine scientifique La Recherche de Jean-Paul Demoule que vous trouverez à cette adresse :
http://www.larecherche.fr/VIEW/308/03080401.html
Bibliographie
Sur la civilisation et l'histoire indo-européenne en général :
- P. Bosch-Gimpera : " Les Indo-Européens : problèmes archéologiques ", Payot, coll. Bibliothèque Historique, 1980
- Bernard Sergent : " Les Indo-Européens : histoire, langues, mythes ", Payot, Bibliothèque scientifique Payot, 1995
- J.P. Mallory : " A La Recherche Des Indo-Européens : langue, archéologie, mythe ", Seuil, 1997
Ne surtout pas acheter et lire le Que sais-je " les
Indo-européens " de Jean Haudry, professeur à Lyon-III
et à l'Ecole pratique des hautes études, membre du "
Comité scientifique " du Front national. Ce triste sire est
un tenant de la " supériorité aryenne " et son
texte suinte cette idéologie et c'est puant mais insidieux. L'auteur
s'appuie sur l'autorité de Hans Günther, principal raciologue
national-socialiste, nommément cité, pour affirmer que les
Indo-européens originels sont de " race nordique " ,
" grands " , " blonds " et aux " yeux bleus".
Sinon ne vous effrayez pas si vous vous mettez à
lire des livres sur le problème indo-européen ; vous verrez
très vite que les auteurs ne sont pas d'accords les uns avec les
autres, qu'ils soient archéologues, historiens ou préhistoriens,
linguistes ou généticiens, et ceci sur bien des points.
Ce n'est que le symptôme de l'incertitude qui règne en ce
domaine.
Georges Dumézil :
- " Mythe et Epopée : L'idéologie des trois fonctions dans les épopées des peuples indo-européens ", Gallimard, Bibliothèque des Sciences Humaines, 1968
- " Mythe et Epopée I, II et III ", Gallimard, Quatro
- " Les Dieux Souverains Des Indo-Européens ", Gallimard, Bibliothèque des Sciences Humaines, 1977
- " Mythes et Dieux des Indo-Européens ", Flammarion, Champs-l'Essentiel, 1992
Ce dernier livre est très bien pour commencer à s'intéresser au problème. C'est un petit livre de synthèse.
Sur des mythologies particulières des peuples indo-européens :
- " Le Mahabarat et Le Bhagavat du Colonel De Polier " présenté par Georges Dumézil [transcription en notre langue de deux textes indiens issue de l'époque: le Mahabarata et la Bagavata. (Comme quoi le sanskrit - la langue des indiens d'Inde de l'époque védique - c'est facile : il suffit de rajouter les " a " à la fin des mots)], Gallimard, 1986
- Jean Markale : " L'épopée celtique en Bretagne ", Payot, 1985
- Jean Markale : " L'épopée celtique d'Irlande ", Payot, Petite Bibliothèque Payot, 1971
- Yann Brekilien : " La mythologie celtique ",
éd. Jean Picollec, Coll. Marabout, 1981
Ma bibliographie est très loin d'être exhaustive...
Remerciements
- Mélanie Blanchi pour ses transcripts de BTVS en français et en anglais que l'on peut trouver à l'adresse suivante:
- Kil pour les résumés des épisodes que l'on peut retrouver à l'adresse suivante (un site excellent, une mine d'infos qui possède aussi des transcipts, jolie et pratique... un top):
- Lauréna , le Petit Chaperon Rouge, Henzel et Gretel pour m'avoir donner l'idée de cette analyse, même si ce n'était pas prémédité de leur part.
- Busybee pour l'aide qu'elle m'a apporté pour une traduction et qui possède un excellent site consacré à BTVS:
http://pagesperso-orange.fr/busybee/btvs/
- Les habitués du ng prolixes ou non, d'accord avec moi ou non, pour l'intelligence collective, si chère à Willow dans Freshmen, qui émane du ng et pour l'émulation qui mène à l'approfondissement de la recherche.
- Les animateurs et fondateurs du ng, pour l'existence même du ng et du site qui lui est associé ainsi que pour l'encyclopédie d'Almak.
- Vendha, pour sa participation déterminante et fructueuse à ma réflexion depuis plus de 30 ans maintenant.
- Mes parents pour des raisons évidentes.
- Petite Boiseï, pour le soutien constant et indéfectible qu'elle apporte à Petit Robustus depuis 10 ans.
- Sirius, ce petit bonhomme avec un gros nez portant moustache qui a rempli ma vie durant trop peu de temps et cela malgré ses vux de moine trappiste.
Mes amis et néanmoins camarades qui me regardent d'un il perplexe ou inquiet, mais encore amical, depuis que je regarde BTVS et que je participe au ng nzn.fr.series.buffy. Et cela malgré les preuves que Buffy est trotskyste !
Georges Dumézil et Karl Marx, qui ont réussi plus ou moins à ce réconcilier momentanément, sans qui je n'aurais jamais pu effectuer cette " étude " comparative
Les Indo-européens (réels ou imaginaires) et Whedon sans qui le sujet n'aurais jamais existé.
Les nombreux compositeurs et musiciens en tout genre (de Bach et Mozart à Fat Boy Slim, Björk, ou Prodigy et Photek en passant par Otis Redding, Aretha Franklin et Nina Simone, et bien d'autres encore) qui remplissent mon univers sonore ambiant et qui me décoince une machinerie cérébrale un peu rouillé par trop d'inactivité.